Courriers

1- Organisation du ministère des Affaires Culturelles à sa création en 1959

            Ministère des Affaires Culturelles (André Malraux)

                        >>>    Direction de l'Architecture

                                >>> Service des Monuments Historiques

                                    >>> bureau des Travaux et Classements
                    
                        >>> Direction générale des arts et lettres
            
                        >>> Direction des archives de France  
            
                        >>> Le centre national de la cinématographie           

        

2- Les échanges de courriers

Alerté par la famille le Bail, le Ministère aux Affaires Culturelles va réagir devant cette volonté de la municipalité de détruire le bâtiment. Tout commence par un courrier de Monsieur Barbot sous-directeur de la création artistique au ministère d'état aux Affaires Culturelles informant Monsieur Pillard chef du bureau des Monuments Historiques de la démolition imminente de la maison du Corsaire à Plozévet. Il joint une note à son courrier.
J'ai conservé la présentation de ces courriers dactylographiés.

27 avril 1965 :


                27 avril 1965
                                MINISTÈRE D’ÉTAT

                              Affaires Culturelles


Direction générale
des Arts et des Lettres 
                                            rue Saint Dominique, Paris 7e

                    Cher Monsieur,

        Comme suite à notre entretien
téléphonique, je vous transmets ci-joint
une petite note sur la maison du  corsaire
de Plozévet (Finistère).

        Si une mesure de protection
peut être envisagée, il y aurait urgence 
à la prendre car la  Municipalité qui n'est
pas particulièrement sensible aux monuments
anciens serait disposée à procéder à sa 
démolition à très bref délai.

        Je vous remercie de ce que
vous pourrez faire à ce sujet en vous demandant
de bien vouloir me tenir au courant.
Bien cordialement à vous, Le sous-directeur à la création artistique Nom et signature Monsieur Pillard Chef du bureau des Monuments Historiques

                La commune de Plozévet dans le Finistère envisage
de procéder à la démolition d'une maison dont elle est proprié-
taire et qui, bien que non protégée au titre des Monuments His-
toriques, présente un intérêt certain.

        Il s'agit de l'ancienne habitation d'un officier
corsaire qui date de 1770 environ. Son aspect qui n'a pas subi
de transformations importantes ainsi que certains éléments
d'architecture, lucarnes, escalier de pierre, etc … mérite
d'être remarqué.

        Il n'existe pas de maison de ce genre à plus de
50 kms de cette localité.

        En outre l'immeuble forme avec l'église située à
50 mètres, et qui, elle, est inscrite à l'inventaire des Monu-
ments historiques un ensemble pittoresque qui devrait être
conservé.

        La raison donnée par la Municipalité pour justifier
la démolition serait l'aménagement à la place de la maison d'un
parking pour voitures.

        Or il ne semble pas dans cette localité d'environ
quatre mille habitants que les problèmes de circulation et de
parking soient particulièrement aigus.

        Il y aurait donc intérêt à prendre d'urgence des
mesures en vue de conserver cette maison.  M. Caillau, architecte
des Bâtiments de France à Quimper serait d'accord sur la protec-
tion de l'édifice.

                                 

30 avril 1965 : 

Une lettre de Monsieur Pillard demandant à protéger la maison au titre des Monuments Historiques.

Travaux et classements

Finistère
  Plozévet
Eglise - abords -
                    Le Directeur de l'Architecture
                                 à
                    Monsieur PATTE, Conservateur Régional
                    des Bâtiments de France



               Je vous prie de bien vouloir trouver,
une notice relative à la démolition d'une maison du
18 ème siècle envisagée par la municipalité de
Plozévet (Finistère), afin de construire un parking
à son emplacement.

           Je vous serais obligé de bien vouloir étudier
la possibilité d'une protection au titre dos Monuments
Historiques, en faveur de cette maison et d'intervenir
le cas échéant auprès de la municipalité afin d'éviter
sa destruotion en application de la législation sur la
protection des abords des Monurnents Historiques, cette
maison se trouvant, semble-t-il, dans le périmètre de
protection de 1'église inscrite sur l'inventaire
supplémentaire.

        J’attacherais du prix à être tenu au courant 
de l’évolution de cette affaire.

                              J . Pillard
                            Le Chef du bureau
                        des travaux et classements


                

14 mai 1965 :

Un télégramme du ministre  d'état aux Affaires Culturelles vers le préfet pour demander l'arrêt des travaux de démolition.

                                                14 mai 1965

                        -TELEGRAMME-
                ******************************
MINISTRE ETAT AFFAIRES CULTURELLES à PREFET FINISTERE – QUIMPER

    APPRENDS QUE MUNICIPALITE Plozévet AURAIT
    INTENTION ENTREPRENDRE CE JOUR DEMOLITION ANCIEN HOTEL
    CORSAIRE LUI APPARTENANT SITUE PERIMETRE DE PROTECTION
    AU TITRE LOI 31 DECEMBRE 19I3 MODIFIEE DE EGLISE INSCRITE
    SUR INVENTAIRE MONUMENTS HISTORIQUES - STOP - OBLIGE
    INFORMER MUNICIPALITE D'AVOIR A ARRETER TRAVAUX DEMOLITION
    ET ME FAIRE CONNAITRE CE QU’IL EN EST AFIN PUISSE PRENDRE
    DECISION
                le Sous-Directeur
                des Monuments Historiques et des Sites
                et par autorisation
                le Chef de bureau des
                Travaux et Classements

                Signé J Pillard
                                 

24 mai 1965 :

Réponse du préfet qui joint les justificatifs du maire. Une note manuscrite interne datée du 8 juin a été agraphée à la lettre du préfet.


"Selon M Caillau la maison de corsaire appartenant à la commune et que celle-ci envisage de détruire offre peu d'intérêt. M Caillau a adressé le dossier à la conservation de Rennes m'en parler à mon retour De toute façon il ne faut pas que cette affaire traine. J'ai rappelé cette affaire au nouveau conservateur qui doit nous adresser le dossier de Caillau. 8/6/65"

 

réponse du maire de Plozévet H. Henry

Les justifications du maire de Plozévet, Hervé Henry.

 

                    17 mai 1965
                            Le Maire de Plozévet,
                       à Monsieur le Préfet du Finistère 
                  Direction des Affaires scolaires et culturelles
                           et du Contentieux 
                            à Quimper

 Objet:  démolition d'une maison en ruines
         appartenant à la Commune.
Référence: Télégramme téléphoné du 14 Mai 1965
           du Ministère des Affaires Culturelles

Comme suite au télégramme téléphoné cité en référence,
informant la Municipalité de Plozévet d'avoir à arrêter les
travaux de démolition d'une maison en ruines lui appartenant,
j'ai l'honneur de vous rendre compte de la situation.

    Par délibération du 17 avril 1965, visée par M. le Préfet 
du Finistère, 2è division, 3è bureau, le 23 avril 1965, le 
Conseil Municipal de Plozévet, à l’unanimité des membres pré-
sents, a décidé la démolition de l’immeuble en question qui 
est sa propriété.
    Cette décision a été motivée par l’état de vétusté de 
l’immeuble qui peut être considéré comme une ruine, par le 
danger réel qu’il présente pour la circulation, et par la 
gêne qu’il constitue pour l’aménagement d’un parking public 
en cours de réalisation.

    Nous considérons qu’il était de ce fait nécessaire de 
procéder à sa démolition avant le début de la saison touris-
tique.
    Mon conseil municipal se refusant d’ailleurs à demander le 
classement de cet immeuble à l’inventaire des Monuments 
historiques, et a voter le moindre crédit pour sa restauration éventuelle.

    J’insiste sur l’extrême urgence de la décision à prendre 
en raison du péril existant.

                            Le maire, H Henry


                                 

25 octobre 1965 :

Suite au rapport Caillau la maison du Corsaire sera classée le 25 octobre 1965 au titre des Monuments Historiques.

8 décembre 1965 :

Le conseil municipal se réunit  et décide de maintenir le projet de démolition.

27 décembre 1965 :

Lettre du préfet au ministre pour demander l'autorisation de démolir la maison du Corsaire. L'arrêté du 25 octobre 1965 est celui du classement de la maison au titre des Monuments Historiques.

 

                Quimper le 27 décembre 1965 
                                            LE PREFET DU FINISTÈRE
                                        à Monsieur LE MINISTRE D’ETAT
                                       Chargé des Affaires Culturelles
                                        Direction de l'Architecture
                                            3, rue de Valois
                                            PARIS (1er).-
                                        
OBJET : Monuments Historiques
        Commune de Plozévet
        Projet de démolition d'un immeuble inscrit à l'inventaire
        supplémentaire des Monuments Historiques
REFER : Votre arrêté en date du 25 octobre 1965.

            En application des dispositions de l'article 2 de la
loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques modifiée par
la loi du 27 août 1941, j'ai l'honneur de vous faire parvenir, sous
ce pli, pour décision, le dossier relatif au projet de démolition
d'un immeuble inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments
historiques par votre arrêté cité en référence, en vue de la créa-
tion d'un parc de stationnement public.
                            Pour le Préfet
                            LE SECRETAIRE GENERAL


                                 

19 janvier 1966 :

Lettre du ministère confirmant son avis défavorable quant à la démolition; il ne manque pas d'émettre un avis négatif sur la pertinence de l'extension du parking (qui occupera la surface de la maison).

 

  MINISTÈRE d’ÉTAT 
AFFAIRES CULTURELLES

DIRECTION DE l’ARCHITECTURE

    Conservation régionale
    des bâtiments de France
    de Rennes (Ille-et-Vilaine)                 Rennes le 19 janvier 1966
                                                Le Conservateur à
            n° 172                              Direction de l’Architecture
                                           (Bureau des Travaux et Classements)
                   





        En vous retournant le dossier que vous m'avez adressé le 11.1.1966,
j'ai l'honneur de vous confirmer mon avis défavorable à la démolition de la
maison dite "du Corsaire" sis à Plozévet.

        Je rappelle en effet que la protection de cet édifice est intervenue
à la suite des informations reçues à la Conservation concernant un projet de
parking qui entraînerait cette démolition.

        Depuis la constitution de ce dossier de protection j'ai pu me rendre à
Plozévet et j'ai constaté que la qualité de l'architecture de ce bâtiment du
XVIIIe siècle et sa proximité de l'église inscrite à l'inventaire rendait cette
démolition inopportune. En outre l'état de la maison elle-même ne fait pas
obstacle à un projet de restauration. Il est même certain qu'avec un meilleur
vouloir la Commune pourrait lui trouver une utilisation.

        Par contre et si je puis émettre un avis à cet égard l'extension
du parking ne me paraît pas indispensable. La place disponible aux abords de
l’église m'a paru très suffisante, sauf peut-être à la période de pointe des 
vacances qui dure 1 ou 2 mois et pour laquelle d'autres emplacements pourraient
être trouvés.

                            Signé René Simon


                                 

Pour l'anecdote le ministre concerné était à cette époque André Malraux. Le ministère des Affaires Culturelles avait été créé par de Gaulle pour lui en 1959. Dans ce ministère il y avait entre autres la Direction de l'Architecture dont dépendait les services des Monuments Historiques. ( début 2013 c'est Aurélie Filipetti qui a ce poste, le ministère a été renommé en Ministère de la Culture et de la Communication)

28 janvier 1966 :

Lettre du ministère au préfet du Finistère indiquant qu'il souhaite que la maison soit conservée.

 

            28 janvier 1866
                                        LE MINISTRE d'ETAT CHARGE DES
                                            AFFAIRES CULTURELLES

                                        à Monsieur le Préfet du Finistère
                                        Direction des Affaires Scolaires
                                        et Culturelles et du Contentieux
                                               - 2ème Bureau -

        Par lettre du 27 décembre 1965, vous avez bien
voulu me communiquer un dossier relatif à un projet de
démolition d'un immeuble dit "La Maison du Corsaire" à
Plozévet, dont les façades et toitures ont été inscrites
à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques
par arrêté du 25 octobre 1965.

        J'ai l'honneur de vous faire connaître que j'es-
time souhaitable la conservation de cette maison, en rai-
son à la fois de son intérêt propre et de la place qu'elle
occupe aux abords de l'Eglise, elle-même inscrite sur
l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.

        Dans ces conditions en application de l'article 2
et des articles 13 bis et 13 ter de la loi du 31 décembre
1913, je donne en ce qui me concerne un avis défavorable
à la démolition de l'immeuble en cause.

        Je vous serais obligé de bien vouloir en informer
M  le Maire de Plozévet et l'inviter à étudier une modi-
fication de l'implantation du parking envisagé.
                            

                Pour le ministre et par autorisation
                Le Sous-Directeur
                des Monuments Historiques

                Signé : A Coumet
                

17 février 1966 :

Lettre du directeur de l'architecture au conservateur général. La maison du Corsaire a été démolie, ça sent le roussi ...

                    17 février 1966

                        LE DIRECTEUR DE L’ARCHITECTURE
                    à Monsieur SIMON, Conservateur Régional
                            des Bâtiments de France.


        Il m'est signalé que la maison du Corsaire à
Plozévet (Finistère) inscrite sur l'Inventaire Supplémen-
taire par arrêté du 25 octobre 1965,  aurait été démolie.
Je vous serais obligé de bien vouloir procéder
d'urgence à une enquête et me donner tous éléments d'infor-
mation sur les conditions dans lesquelles s'est effectuée
la démolition.

        Je n'ignore pas que les projets de la Municipalité
étaient connus depuis longtemps. Toutefois la lettre par
laquelle le Maire a fait part, postérieurement à 1'inscrip-
tion sur l'Inventaire Supplémentaire, de l'intention de
la commune de démolir l'immeuble, c'est-à-dire la lettre
à partir de laquelle couraient les délais légau,  ne date
que du 9 décembre 1965.

        Le délai de quatre mois prévu par la loi n'étant
pas expiré, il semble qu'il y ait infraction nettement
caractérisée à la législation sur les Monuments Historiques.

        J'attacherai du prix à recevoir votre rapport dans
les délais les plus rapides.

                            Le sous-directeur
                     des Monuments Historiques et des Sites
                            Signé A Coumet


                

26 février 1966 :

 Lettre du Conservateur au directeur de l'Architecture. C'est la surprise et on commence à parler sanction. Quant à l'argument consistant à dire que la maison n'était pas dangereuse du fait de la venue d'une rocade il est spécieux (on le sait aujourd'hui, cette rocade n'a jamais vu le jour) car  les délais de réalisation auraient été incompatibles avec une mise en sécurité rapide de l'immeuble.

    MINISTÈRE 
       DES
AFFAIRES CULTURELLES

Direction de l'Architecture


 Conservation générale                      Rennes le 26 février 1966
 des bâtiments de France                    LE CONSERVATEUR à
de Rennes (Ille-et-Vilaine)
                                    Monsieur le Directeur de l'Architecture
                                      (Bureau des Travaux et Classements)

        Comme suite à votre lettre du 17 février 1966, concernant la
Maison du Corsaire, sise en la Commune de Plozévet, et inscrite à l'inven-
taire supplémentaire des Monuments Historiques par arrêté ministériel du
25 octobre 1965, j'ai l'honneur de vous faire savoir que, dans le courant
de la journée du 15 février 1966 et de celle du 16 février, la Municipalité
de cette Commune a fait procéder à la démolition complète et à l'arasement
de cette maison.

        Les travaux ont été effectués par le corps des Sapeurs Pompiers
de cette Commune.

        Cet acte était d'autant plus imprévisible qu'il y a quelques
temps Monsieur le Maire de PLOZÉVET a demandé verbalement à Monsieur Caillau,
Architecte des Bâtiments de Finance, de bien vouloir lui établir un devis
de restauration de la dite maison, compte tenu du fait que ces travaux pou-
vaient, éventuellement, profiter des subventions accordées par le Département
aux édifices inscrits. Ce bâtiment pouvait être ensuite utilisé, soit comme 
maison communale, soit éventuellement, être concédé au Musée de l'Homme
qui pensait établir une antenne d'étude dans cette région.

        D'autre part, d'après les renseignements reçus, de la part de
l'Ingénieur des Travaux Publics, il était envisagé la création d'une bre-
telle de déviation à l'Est de la Commune, évitant au trafic routier de
traverser l'agglomération, projet qui réduisait à néant les allégations
de la Municipalité tendant à considérer cette maison comme dangereuse.

        La Municipalité de Plozévet ayant agi en contravention avec la
législation sur les Monuments Historiques, je pense que des mesures très
sévères devraient être prises à l'encontre de cette Commune, afin que
pareil cas ne puisse se reproduire sur d'autres monuments dont nous avons
la charge.
                                                    René Simon


                                 

16 mars 1966 :

Note du ministère demandant de rédiger un courrier au préfet du Finistère, pour demande d'explications.

                                    MINISTÈRE DES AFFAIRES CULTURELLES


Direction de l'Architecture                           2 rue de Valois Paris, 1er



                Maison du Corsaire à Plozévet

                
        Prier le Préfet du Finistère de demander sans délai au maire de 
Plozévet des explications et les motifs pour lesquels il a, en 
infraction à la législation des monuments historiques, 
délibérément fait procéder à la démolition de la maison du Corsaire 
inscrite sur l'inventaire supplémentaire des Mon. Hist, en ne lui laissant 
pas ignorer qu'il est passible de sanctions pénales pour cette infraction.
La réponse du Maire devra parvenir dans le délai maximun d'un mois.
                    

1er avril 1966 :

La lettre effectivement envoyée au préfet où l'on parle de sanctions pénales vis à vis du maire Hervé Henry.

                    1er avril 1966
Monuments historiques
                                    Le ministre d’état chargé 
                                    des affaires culturelles


                                    A M. Le préfet du 
                                        Finistère
                            Direction des Affaires Scolaires et 
                                        Culturelles 
                                    et du Contentieux 
                                        2e bureau


Objet : Plozévet démolition du Manoir du Corsaire
        et infraction à la législation sur les 
        Monuments Historiques.

        Par lettre du 28 janvier 1966 je vous ai fait 
connaître que je ne pouvais, en ce qui me concernait,
que donner un avis défavorable à la démolition de la 
Maison du Corsaire à Plozévet, inscrite sur l’inven-
taire supplémentaire des monuments historiques par 
arrêté du 25 octobre 1965 et située dans
le périmètre de protection de l’église déjà inscrite
sur l’inventaire supplémentaire des monuments histori-
ques.

        Je vous demandais en conséquence de faire 
part de cette décision au Maire de cette commune et 
de l’inviter à étudier une modification de l’implan-
tation du parking projeté à l’emplacement de cette maison.

        Or je suis informé que les 15 et 16 février 
dernier, la municipalité a fait procéder, sans autre 
forme de procès, à la démolition complète et à l’ara-
sement de l’immeuble en question.

        S’agissant d’une infraction caractérisée aux 
dispositions des articles2, 13 bis et 13 ter de la 
loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques, 
je vous serais très obligé de bien vouloir inviter, 
sans délai, M. Le maire de Plozévet à fournir toute ex-
plications, sur les raisons qui l’ont conduit à faire 
procéder , en infraction à la législation des Mo-
numents Historiques, et d’une manière même déli-
bérée,  à la démolition de la maison du corsaire.

        Vous voudrez bien lui rappeler les sanctions 
pénales auxquelles il s’est ainsi exposé.

        Afin qu’il me soit possible d’examiner sans 
tarder la suite à réserver à cette affaire sur le 
plan judiciaire, j’attacherai du prix à recevoir les 
explications demandées, avec votre avis circonstan-
cié, dans les plus brefs délais, lesquels ne sauraient 
excéder un mois.

                            Signé Coumet


                

15 avril 1966 :

Le maire de Plozévet, Hervé Henry, répond au préfet en lui fournissant ses explications.

 

Mairie de Plozévet				      Plozévet le 15 avril 1966
(Sud-Finistère)
Tel :10					          Le maire de Plozévet
				           A Monsieur le préfet du Finistère,
					                  à Quimper

                                Monsieur le Préfet,

        J'ai l'honneur de vous accuser  réception de la copie de
la dépêche de M. le Ministre d’État chargé des Affaires Culturelles en
date du 1er Avril 1966 et de vous faire parvenir mes explications concer-
nant la démolition de la "Maison du Corsaire" (Immeuble Kérisit).

        J'ai fait procéder à la démolition complète et à l'arasement
de l'immeuble en question sans rien ignorer des dispositions des articles
2, 13 bis et 13 ter de la loi du 31 décembre 1913 sur les Monu-
ments historiques, pour des motifs dont je crois, Monsieur le Préfet, 
vous comprendrez tout le bien fondés.


        La première raison est une raison de sécurité. Placée au
milieu de l'agglomération, au bord de la route nationale à circulation
très intense, surtout pendant la saison touristique (circuit de la
Pointe du Raz), cet immeuble vétuste était un danger permanent. Quel-
ques jours avant sa destruction, une voiture automobile, heureusement
inoccupée avait été écrasée sous un pan de toiture détaché par la
tempête. Quelque temps auparavant, un de mes administrés avait failli
être grièvement blessé, sinon tué, par une chute d'ardoises. Prévenir
ces accidents était pratiquement impossible étant donné la situation
de cette maison qui constituait un goulot très étroit avec le presbytère.
Je suis persuadé que la commune n'aurait jamais pu, même avec l'aide
de l'État et du Département, restaurer cette ruine.

        La deuxième raison est une raison d’urbanisme. Sa démolition
nous à permis d'améliorer considérablement la circulation automobile
à travers l'agglomération et de commencer l'implantation d'un parking
devenu absolument indispensable au milieu du bourg, pour désengorger
la route nationale.

        Je me suis vu contraint, certains jours d'été, aux heures
d'affluence, d'organiser moi-même la circulation automobile qui provo-
quait souvent des bouchons au bourg, entre 18 et 19 heures.


        D'autre part la disparition de cette "verrue" devant
l'église ne pourra que favoriser  le tourisme en mettant en valeur
l'admirable ensemble que constituent notre église paroissiale (qui
demande de grosses réparations) et le Monument aux Morts,unique en
France, complètement masqué par l’immeuble Kérisit, et qui échappait
ainsi à la plupart des touristes pressés. Dorénavant,tous les cars
et voitures touristiques s'arrêtent devant l'église et le Monument,
qui bénéficient de visites beaucoup plus nombreuses - l'expérience
a été concluante à Pâques et elle le sera, j'en suis sûr, encore
davantage cet été.

        J'ajouterai que le Conseil Municipal et les 99 % de la
population m'engageaient vivement, depuis l'achat de cet immeuble
par la commune, à le démolir dans l'intérêt général.

        J'ai, Monsieur le Préfet, autant que quiconque, l'amour des
vieilles pierres, mais j'estime, en tant que Maire et membre de la
Société archéologique du Finistère, que dans le monde moderne, il faut
parfois, malgré le regret que provoque leur disparition, sacrifier
quelques-unes parmi les moins belles, à l'hygiène, à l'urbanisme, à
la circulation de plus en plus intense.

        Educateur pendant 35 ans et Maire depuis 7 ans dans ce
village, j'ai, je crois suffisamment donné à ses habitants le sens
et le goût du beau pour que ma conscience soit en paix après cette
démolition à laquelle j'ai dû procéder bien à regret.

        Je pense que la restauration de l’Église paroissiale qui va 
se poursuivre, l’aménagement des nombreuses routes touristiques (grâce
au remembrement) destinées à mettre en valeur un magnifique littoral 
de 8km, l’adduction d’eau bien entamée et la scolarisation excep-
tionnelle de notre petite commune rurale, seront à vos yeux, Monsieur 
le préfet, autant de raisons pour absoudre un Conseil Municipal et 
son Maire, entièrement dévoués à la chose publique, et que vous voudrez 
plaider notre cause auprès de M. le Ministre d’État chargé des affaires 
Culturelles.

	    C’est dans cet espoir que je vous prie , Monsieur le préfet,
d’agréer l’expression de  mes sentiments les plus respectueux et tout 
dévoués.
                                            Le Maire
                                            Signé : Henry


                                 

22 avril 1966 :

Réponse du préfet au ministère et  qui joint à son courrier les explications du maire. Il se fait l'avocat du maire et tente de convaincre le ministère de ne pas engager de poursuites.


      DIRECTION DES AFFAIRES SCOLAIRES
ET CULTURELLES ET DU CONTENTIEUX
2emo Bureau			                Quimper le 22 avril 1966


                                LE PREFET DU FINISTÈRE

                                            à
                                Monsieur le Ministre d’État
                             Chargé des Affaires Culturelles
                             (Direction de l’Architecture
                                - Monuments Historiques -)
			                3 rue de Valois, Paris 1er




OBJET : Plozévet	 - Démolition de la Maison du Corsaire, en infraction
à la législation sur les Monuments Historiques —
REFER. :  Votre dépêche RC/JR du 1er Avril 1966 -
P.J.   : 1 –

        En exécution des instructions contenues dans votre dépêche
citée en référence, j'ai l'honneur de vous transmettre, sous ce pli,
copie des explications écrites que j'ai demandées et obtenues de
M. le Maire de Plozévet, à qui j’ai rappelé l'infraction commise aux
dispositions de la loi du 31 Décembre 1913 à la suite de la démolition
de  la Maison du Corsaire.
    
        Ces explications n'appellent aucune observation particulière
de ma part, si ce n'est qu'elles répondent à la vérité. La bonne foi
du magistrat municipal en cause me paraît établie dans la mesure où l'ini-
tiative prise, certes condamnable au regard de la réglementation, était
quelque peu justifiée en raison d’impératifs conjugués tenant à l'or-
dre public, sagissant d'un tournant dangereux de la voie touristique,
très fréquenté en été, de la Pointe du Raz et au vœu pressant de la 
population, désireuse de voir réaliser enfin une opération d’urbanisme
au cœur d’une cité soucieuse de son expansion.

        Ajouterai-je que M. HENRY, Maire de Plozévet, est un magistrat
éprouvé, animé d'une haute conscience civique et qu'il a la pleine con-
fiance de mon Administration. Je regretterai, pour ma part, que cette
infraction puisse donner lieu à des suites judiciaires.

                                J.G. Eriau

                       

Cette réponse du préfet sera annotée  et transférée à l'I.G. May pour avis.
Note de droite :
C(ommuniquer ?) pour avis (sous bordereau) à M. l'I.G. May (joindre copie de notre lettre du 4.1.66)."
I.G. May >>  Inspecteur Général des Monuments Historique May. May répondra le 23 mai.

23 mai 1966 :

L'Inspecteur Général des Monuments Historiques May donne son avis sur l'affaire. Il répond en proposant de classer l'affaire plutôt que le monument !

"L'inscription à l'inventaire date du 25 octobre 1965 et la démolition des 15/16 février 1966.
On peut donc remarquer que le maire a attendu à deux jours près que fut échu le délai de 4 mois pendant lequel notre service doit se manifester en classant , s'il ne veut pas renoncer à son action. Or notre passivité a été totale...
Mais je suis surtout sensible à la plaidoirie du préfet et à son voeu personnel qu'aucune suite judiciaire ne soit donnée à cette affaire.
Je conseille donc, pour ma part, le 'classement ' de cette affaire mal engagée."

 

Une réponse de Monsieur May toute en modération et lucidité  ! Ci-dessous le document original.

3 juin 1966 :

L'avis très modéré de Monsieur May est renvoyé au préfet au travers d'une réponse plus ferme: il ne faut pas perdre la façe !

                3 juin 1966
Monuments Historiques                       Le Ministre d'Etat
                                    chargé des Affaires Culturelles

                                   à Monsieur la Préfet du Finistère
                                    Direction des Affaires Scolaires
                                    et Culturelles et du Contentioux
                                            2 eme bureau


Objet : Plozévet -  Démolition de la maison du Corsaire
                    Inscrite sur l'Inventaire Supplémentaire
                    des Monuments Historiques et projet
                    de parking -


        Par lettre du 22 avril 1966 répondant à ma
demande du 1er avril précédent vous m'avez transmis
une copie des explications écrites qui vous ont été
fournis par le Maire de Plozévet, en ce qui concerne la démo-
lition, en infraction aux dispositions de la loi du 31
décembre 1913 de la "maison du Corsaire" inscrite sur
l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques et
située par ailleurs dans le périmètre de protection de
1'église inscrite également sur l'Inventaire Supplémentaire
des Monuments Historiques.

        J’ai l'honneur de vous faire savoir que j’ai pris 
acte de ces explications.

        Quelle que puisse être la valeur des arguments
invoqués par le Maire, il ne vous échappera pas qu'il
appartenait en tout état de cause, à ce magistrat munici-
pal de ne pas mettre délibérément mon Administration
devant le fait accompli.

        Quoiqu'il en soit de ce très regrettable incident
qui risque de créer un précédent, je vous rappelle que le
projet de parking envisagé par la Municipalité, en partie,
à l’emplacement de l'immeuble démoli intéresse le périmètre
de protection de l’église et doit, de ce fait, recevoir mon
accord  préalable. 

        Je ne manquerai pas, d’ailleurs, de vous faire
connaître mon point de vue sur cette affaire aussi rapidement 
que possible.


                        Pour le ministre et par autorisation
                                Le Sous-Directeur 
                        Des Monuments Historiques et des Sites

                                    Signé A. Coumet 

                                 

27 juin 1966 :

Lettre du directeur de l'architecture où l'on reparle du parking

RENÉ LISCH				              Paris le 27 juin 1966
Architecte en Chef
des Monuments Historiques
10bis rue de Chateaudun IXe

					Monsieur le Directeur de l’Architecture
					Direction de l’Architecture
					3 rue de Valois
                    75 – 1er
MSD/1745
Monuments Historiques
FINISTÈRE
Plozévet : Démolition de la "Maison du Corsaire"
et projet de parking aux abords de
l’église.

        L’aménagement présenté est du point de vue technique très bien
étudié, seul son accès par une voie de 4 mètres de large est critiquable.
Certes, pour palier à cet inconvénient, il nous sera demandé, une fois les
travaux terminés, de diminuer l'emprise du plâcitre du côté nord.

        Du point de vue esthétique, j'estime peu souhaitable pour la pré-
sentation d'un ensemble initialement bordé de deux voies sur deux côtés,
de compléter son encerclement en établissant sur les deux autres côtés
un parking.

        Pour ces raisons il me semble que l'emprise de ce parking
devrait être limité aux parcelles 668-669-676-677, ce qui permettrait
déjà le stationnement d'une quarantaine de voitures.

P.J. 1 dossier


                                 

28 juin 1966 :

Monuments Historiques                   28 juin 1966
                                   Le Ministre d’État
                            Chargé des affaires culturelles

                            à Monsieur le Préfet du Finistère
                            Direction desAffaires Scolaires et
                            Culturelles et du Contentieux
                                    2e bureau



Objet : Finistère-Plozévet - Projet du parc de stationnement
aux abords de l’église.


        Comme suite à votre lettre du 7 Juin 1966, je vous
communique ci-joint la copie du rapport de M. LISCH, Archi-
tecte en Chef des Monuments Historiques, au sujet du projet
cité en référence.

        Conformément aux conclusions de ce rapport, je
vous serais obligé de faire savoir à M. le maire de Plozévet 
que ce projet n’est pas acceptable dans son état actuel.
Toutefois, afin de ne pas retarder l’exécution des travaux,
le maire ou le service des Ponts et Chaussées, pourra se
mettre en rapport directement avec M. Lisch qui donnera 
les indications nécessaires.

                    Pour le Ministre et par autorisation
                            Le Sous-Directeur
                    Des Monuments Historiques et des Sites
                                Signé A. Coumet

                                 

L'affaire de la maison du Corsaire se termine ici, un an et deux mois après son début.  Le parking a bel et bien été aménagé par la suite.

Lien vers la médiathèque de Monuments Historiques